Jean-Mark a dû critiquer un nom que le CEO avait créé lui-même.
- Julie Chwarzcianek
- 30 juin
- 2 min de lecture

Le fondateur est arrivé avec son nom déjà prêt, il le porte depuis le tout début, depuis la nuit où tout a pris forme dans sa tête. Une certitude, la mission, et ce mot qui résumait tout ça pour lui.
Il voulait juste que Jean-Mark valide.
Jean-Mark a écouté l'histoire complète. La vision, le sens caché, la cohérence que le fondateur voyait entre ce nom et tout ce qu'il portait depuis des mois. Il a hoché la tête au bon moment. Puis il a posé son stylo et a dit que le nom posait un problème.
Deux problèmes, en réalité.
Le premier, il pouvait l'expliquer avec tact. Le nom marchait pour le fondateur et pour personne d'autre. La force d'une vision personnelle n'a jamais garanti qu'elle se traduise en un bon nom de marque.
Le second était plus brutal, et ne laissait aucune place à la nuance. Le nom est déjà déposé, dans la classe exacte dont il a besoin, par une société qui existe bel et bien.
Le silence qui a suivi n'était pas hostile.
C'était pire. C'était de la déception, puis de l'inquiétude.
Le CEO a regardé ailleurs un moment. Pas en colère mais fragilisé par une remarque qui vient de toucher quelque chose de plus large que le nom, sa propre capacité à avoir vu juste, à avoir bien préparé ce lancement qu'il portait depuis des mois.
Puis il a posé la question que Jean-Mark redoutait. Qu'est-ce que tu proposes à la place ?
Cette question-là, Jean-Mark la connaît bien. Et il sait ce qu'elle veut dire vraiment : À partir de maintenant, tu n'es plus en train de commenter mon travail, tu es en train de t'engager sur le tien.
Le projet démarre avec un désavantage immédiat, une confiance qu'il faut reconstruire et une pression qui n'existait pas trente secondes plus tôt.
Jean-Mark n'a pas cherché des noms tout de suite, il a commencé par poser des questions auxquelles le fondateur n'avait jamais eu besoin de répondre.
Parce que ce n'était pas la vision qui posait problème. C'était sa traduction. Le fondateur avait l'idée juste et le mot faux. Et personne, avant Jean-Mark, n'avait pris le temps de faire la différence entre les deux.
Les semaines suivantes ont ressemblé à un travail de duo. Le fondateur racontait, précisait, Jean-Mark traduisait, ajustait. Jean-Mark ne voulait pas imposer une voix venue de l'extérieur il voulait trouver celle qui était déjà là, mais qui n'avait pas encore trouvé sa forme.
Quand les nouveaux noms sont arrivés sur la table, le fondateur n'a pas eu l'impression de choisir entre des propositions. Il a eu l'impression de se reconnaître. C'est exactement ce que ça devait être.
Jean-Mark n'avait pas remplacé sa vision. Il lui avait simplement donné une voix qui pouvait être entendue par quelqu'un d'autre que lui.



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