top of page

Jean-Mark a compris trop tard que le vrai décideur n'était pas dans la salle.

  • Photo du rédacteur: Julie Chwarzcianek
    Julie Chwarzcianek
  • il y a 3 jours
  • 4 min de lecture

Les aventures (presque) vraies de Jean-Mark

Jean-Mark est consultant en naming. Enfin… pas vraiment.
C'est un personnage imaginaire, nourri de vingt ans de projets bien réels. Toutes les histoires qui suivent sont inspirées de situations vécues. Les entreprises, les noms et les contextes ont été réinventés.

Six semaines de travail.

Trois ateliers.

Des dizaines d'entretiens.

Une centaine de pistes explorées.

Une shortlist qui, enfin, fait l'unanimité.

Le comité sourit.

Les discussions sont fluides.

Les objections ont été levées une à une.

On sent que le projet touche à son but.

Puis quelqu'un lance, presque en s'excusant :

« Il faudra quand même faire valider par le Président. »

Jean-Mark referme doucement son ordinateur.

Il connaît déjà la suite.

Quelques jours plus tard, tout repart de zéro.

Pas parce que les noms étaient mauvais.

Pas parce que la stratégie avait changé.

Simplement parce que celui qui devait prendre la décision découvrait le projet au moment où tout le monde lui demandait de trancher.

Et il est extrêmement difficile d'adhérer à une conclusion lorsque l'on n'a pas participé au raisonnement qui y conduit.

Le vrai sujet n'était pas le nom.

Il était la gouvernance.

C'est probablement l'un des paradoxes les moins connus de notre métier.

On imagine souvent qu'un projet de naming est un exercice de créativité.

En réalité, c'est presque toujours un exercice de gouvernance.

La qualité des noms proposés compte, évidemment.

Mais elle ne représente qu'une partie de l'équation.

L'autre partie est beaucoup moins visible.

Qui participe ?

Qui influence ?

Qui arbitre ?

Qui décide réellement ?

Et surtout…

À quel moment chacun intervient-il ?

Ces questions déterminent souvent davantage l'issue d'un projet que la créativité elle-même.


Une décision ne se prend pas. Elle se construit.

Choisir un nom est rarement une décision rationnelle.

C'est une décision qui engage l'identité d'une organisation.

Le futur logo.

Les équipes.

Les clients.

Les partenaires.

Parfois plusieurs millions d'euros d'investissement.

Le nom devient alors le support visible d'enjeux beaucoup plus profonds.

Les discussions qui semblent porter sur un mot parlent souvent, en réalité, d'autre chose.

De vision.

De pouvoir.

De culture.

De prise de risque.

D'histoire.

Ou de la place que chacun souhaite occuper dans cette histoire.

C'est précisément pour cette raison qu'un comité qui "vote pour son préféré" produit rarement les meilleures décisions.

Le problème n'est pas que chacun ait un avis.

Le problème est que tous les avis n'ont pas la même fonction.


Le piège de la validation finale

Je rencontre très souvent la même configuration.

Une équipe projet travaille pendant plusieurs semaines.

Elle affine les critères.

Élimine les fausses bonnes idées.

Teste les évocations.

Challenge les intuitions.

Puis présente une sélection finale à la direction générale.

Cette dernière découvre alors les noms…

…sans avoir vécu tout ce qui les a rendus pertinents.

Elle ne voit que le résultat.

Pas le chemin.

Or un nom est rarement une évidence lorsqu'on le découvre pour la première fois.

Il devient une évidence parce que l'on comprend pourquoi il est arrivé jusque-là.

Cette différence est essentielle.

Car, face à une liste de noms sortie de son contexte, le cerveau fait naturellement ce qu'il sait faire de mieux :

Il juge.

Il compare.

Il exprime une préférence immédiate.

Alors que le véritable exercice consiste à évaluer une stratégie.


Un projet de naming est aussi un projet de relations humaines.

Au fil des années, j'ai compris que le rôle d'un consultant ne consiste pas seulement à créer de bons noms.

Il consiste aussi à organiser une bonne décision.

Cela suppose de comprendre les équilibres internes.

Les jeux d'influence.

Les circuits d'autorité.

Les personnalités.

Les non-dits.

Qui ose contredire le dirigeant ?

Qui parle au nom des clients ?

Qui défend la marque historique ?

Qui cherche à incarner le changement ?

Toutes ces dynamiques s'invitent autour de la table.

Même lorsqu'on croit ne parler que de vocabulaire.

Le naming agit alors comme un révélateur.

Il rend visibles des mécanismes qui existent déjà dans l'entreprise.

La façon dont une organisation choisit un nom ressemble souvent à la façon dont elle prend toutes ses décisions.


Le rôle du consultant n'est pas de trouver "le" bon nom.

Il est de construire les conditions qui permettront à une organisation de reconnaître ce bon nom lorsqu'il apparaîtra.

C'est très différent.

Cela signifie préparer les décideurs.

Clarifier les critères.

Définir les rôles.

Faire participer au bon moment.

Créer un langage commun.

Accompagner la maturation de la décision.

Parce qu'au fond, un projet de naming ne s'évalue jamais uniquement à la qualité du nom retenu.

Il se juge aussi à la manière dont cette décision a été construite.

Une décision subie laisse des traces.

Une décision comprise crée de l'adhésion.

Et cette adhésion vaut souvent bien plus que le nom lui-même.



Depuis ce projet, Jean-Mark commence toujours par poser une question très simple.

Qui prendra réellement la décision finale ?

Pas qui participe.

Pas qui donne son avis.

Pas qui est présent aux ateliers.

Qui décidera ?

Cette question semble administrative.

En réalité, elle est profondément stratégique.

Parce qu'avant d'être un exercice de créativité, un projet de naming est un projet de gouvernance.

Et les meilleurs noms naissent rarement des meilleures idées.

Ils naissent des meilleures décisions.

 
 
 

Commentaires


bottom of page